7 poèmes

Poèmes pour un frère

Sept poèmes pour un frère, entre protection, rivalité, humour, éloignement et gratitude.

Un frère peut être un premier rival, un complice, un protecteur maladroit ou quelqu’un que l’on apprend à connaître une seconde fois à l’âge adulte.

Les textes ci-dessous évitent les déclarations génériques et s’appuient sur des scènes précises de la vie fraternelle.

01
léger·anniversaire

La télécommande

Nous nous battions pour la télécommande
comme si le pouvoir tenait dans deux piles.

Aujourd’hui tu me la tends sans discuter.
Nous avons grandi, frère.
Ou bien le programme est mauvais.
02
tendre·lecture

Le vélo

Tu tenais la selle
et jurais de ne pas lâcher.

Je pédalais en t’insultant,
puis j’ai compris au bout de la rue
que ta main n’était plus là.

J’étais furieux. J’étais libre.
03
léger·anniversaire

Notre version

La famille raconte l’histoire du lac.
Elle oublie que tu m’as poussé,
que j’ai gardé tes chaussures,
que nous avons juré de ne rien dire.

Frère, nous sommes les derniers
à connaître la mauvaise version correcte.
04
calme·message

Quand tu appelles

Tu n’appelles jamais pour parler.
Tu demandes une mesure, une adresse,
le nom d’un outil.

Puis tu restes vingt minutes.
Entre deux détails pratiques,
nous vérifions que l’autre tient debout.
05
tendre·carte

Plus loin

Nous avons quitté la même maison
par des portes différentes.

Tes enfants connaissent mon rire.
Les miens portent une de tes expressions.

La distance n’a pas réussi
à déménager toute la famille.
06
reconnaissant·carte

Merci sans discours

Merci d’être venu sans poser de question,
d’avoir porté le carton le plus lourd,
d’avoir réparé la lampe
et critiqué mon café.

Entre frères, la tendresse
arrive souvent avec des outils.
07
complice·lecture

Le vélo bleu

Nous partagions un vélo bleu
dont la selle descendait toute seule.
Tu pédalais devant, je courais derrière,
puis nous inventions des règles injustes.
Les années ont changé nos villes,
nos horaires et nos désaccords.
Mais quand tu ris de cette vieille chute,
je retrouve aussitôt mon frère
au bord du chemin poussiéreux.