7 poèmes

Poèmes pour une sœur

Sept poèmes pour une sœur sur la complicité, les disputes, la distance et les souvenirs que personne d’autre ne peut vérifier.

Une sœur connaît souvent la version non officielle de notre enfance. Elle se souvient des détails gênants, des alliances temporaires et de ce que la famille raconte de travers.

Ces poèmes font place à l’humour comme à la tendresse, pour une sœur proche, éloignée ou choisie.

01
léger·anniversaire

Le code du portail

Tu connais encore le code
de mon ancien immeuble.

Six ans, deux déménagements,
et tu tapes parfois ces chiffres
avant de rire toute seule.

Ma sœur, tu gardes même
les accès qui ne servent plus.
02
léger·lecture

Les photos coupées

Dans l’album, tu découpes les photos
pour retirer un ancien amoureux.

Il reste mon bras autour du vide
et ton sourire parfaitement intact.

Nous avons toujours su
réorganiser les preuves.
03
chaleureux·anniversaire

Dimanche à la brocante

Tu achètes une lampe affreuse.
Je porte le pied jusqu’à la voiture.

Nous discutons tout le trajet,
puis je t’aide à lui trouver une place.

Voilà notre méthode depuis l’enfance.
04
sincère·message

Maman au téléphone

Après l’appel de maman,
nous comparons ce qu’elle a dit.

À toi : tout va bien.
À moi : ne t’inquiète pas.

Entre les deux versions,
nous retrouvons la vérité familiale.
05
léger·anniversaire

Chambre 217

À l’hôtel, nous prenons deux lits
et parlons jusqu’à deux heures.

Au matin, tu as volé tout le savon.
Je garde la facture.

Même adultes, nous savons rentrer
dans notre vieille répartition des rôles.
06
tendre·carte

Ta place à table

Je ne te ressemble pas beaucoup.
Nos vies ont choisi des directions contraires.

Pourtant, à chaque grande nouvelle,
je déplace une chaise dans ma tête.
Ta place existe avant ton arrivée.
07
fraternel·lecture

La clé que tu as gardée

Tu as gardé la clé de l’ancienne maison,
bien après le départ de nos parents.
Elle n’ouvre plus aucune porte,
mais tu la poses parfois sur la table
quand nous parlons de notre enfance.
Nous n’avons pas les mêmes souvenirs,
ni la même façon de les raconter.
Pourtant cette petite clé inutile
nous ramène toujours au même seuil.