7 poèmes

Poèmes sur la résilience

Sept poèmes originaux sur la résilience, les réparations imparfaites, les limites et les soutiens qui permettent de continuer autrement.

La résilience ne signifie pas revenir exactement à l’état d’avant ni remercier une épreuve d’avoir existé. Elle peut être lente, collective et compatible avec des blessures qui demeurent.

Ces textes évitent l’injonction à être fort. Ils décrivent des reprises concrètes, des adaptations et des moments où demander de l’aide fait partie du mouvement plutôt que de son échec.

01
réfléchi·lecture

La tasse réparée

La tasse cassée tient de nouveau,
une ligne traverse son côté.

Elle ne redevient pas neuve,
ni moins utile pour le thé.
La réparation garde visible
le lieu exact de la rupture.
02
patient·hommage

Replanter après la grêle

La grêle a couché les salades,
percé les feuilles de courge.

Nous retirons ce qui pourrit,
semons seulement deux rangs.
Recommencer plus petit
est encore une manière de recommencer.
03
lucide·lecture

La rampe nouvelle

Après l’accident, l’escalier
ne se monte plus comme avant.

Une rampe rejoint le mur,
chaque marche reçoit une pause.
La résilience n’efface pas la limite ;
elle transforme le passage.
04
solidaire·message

Le numéro enfin composé

J’ai gardé le téléphone
plusieurs minutes dans ma main.

Puis j’ai appelé une amie
et dit seulement : reste en ligne.
Continuer a commencé
par ne plus porter seul le soir.
05
courageux·hommage

L’atelier dans un autre local

L’ancien atelier a fermé,
les machines sont parties aux enchères.

Trois collègues louent un petit local,
réparent d’abord une seule pièce.
Le nouveau travail ne remplace rien ;
il ouvre pourtant sa porte.
06
retenu·lecture

Le mardi qui ne prouve rien

Mardi, je n’avance pas,
les gestes pèsent autant qu’hier.

Ce jour n’annule pas
les semaines déjà traversées.
La résilience possède aussi
des pages sans victoire visible.
07
courageux·réflexion

La première table reconstruite

Après l’incendie, l’atelier sent encore
le bois mouillé et la fumée.
On ne repeint pas tout de suite.
On trie, on pleure, on appelle de l’aide.
Puis plusieurs mains reconstruisent une table,
la première assez stable pour travailler.
Se reconstruire ne supprime pas la perte.
Le mouvement avance avec elle,
par soutien, repos et gestes réellement possibles.