7 poèmes

Poèmes sur la vieillesse

Sept poèmes originaux sur la vieillesse, entre corps qui ralentit, humour, autonomie, mémoire, transmission et journées ordinaires.

Vieillir ne produit pas une sagesse automatique ni une tristesse continue. Cela peut signifier connaître le meilleur banc du quartier, refuser une aide mal proposée ou rire d’un anniversaire trop chargé en bougies.

Ces poèmes donnent plusieurs voix à la vieillesse sans réduire une personne à son âge. Les corps, les choix et les relations y restent singuliers, parfois contrariés, parfois légers.

01
calme·lecture

Le Banc de dix heures

À dix heures, je retrouve
le banc encore au soleil.

Les voisins changent, les chiens aussi,
le boulanger ferme le lundi.
Moi, je connais l’ombre qui avance
et déplace mes pieds à temps.
02
drôle·anniversaire

Quatre-vingts bougies, en théorie

Ils ont placé huit bougies,
une pour chaque dizaine.

Je réclame les soixante-douze autres,
par souci d’exactitude.
Le gâteau proteste déjà ;
ma famille comprend la menace.
03
ferme·lecture

La Canne contre la table

Tu déplaces ma canne
comme un objet embarrassant.

Je la reprends, la pose mieux,
puis commande moi-même le café.
Aider commence peut-être
par demander où mettre les choses.
04
digne·lecture

Chemise repassée le dimanche

Il repasse encore sa chemise
le dimanche avant midi.

Personne ne vient déjeuner,
aucun rendez-vous ne l’attend.
Il boutonne les manches avec soin :
la journée mérite cette tenue.
05
attentif·partage

Les Noms du verger

Elle oublie parfois une date,
mais nomme chaque pommier.

Celui-ci donne tard,
l’autre craint les gelées.
Son petit-fils note les phrases
sans transformer l’après-midi en leçon.
06
lucide·lecture

La Rue un peu plus longue

La rue paraît plus longue
qu’au temps de mes courses pressées.

Je m’arrête devant la librairie,
puis sous le tilleul.
Je n’ai pas perdu la ville ;
je la parcours avec davantage de bancs.
07
lucide·lecture

Monter autrement

Je monte maintenant les escaliers
en tenant la rampe du troisième étage.
Autrefois je franchissais deux marches,
sans voir la fenêtre du palier.
La vieillesse ralentit certains gestes
et en révèle d’autres :
la lumière sur un mur,
le voisin qui attend sans impatience,
la fierté simple d’arriver par mes propres pas.