7 poèmes

Poèmes sur les coquelicots

Sept poèmes originaux sur les coquelicots, leur rouge fragile, les bords de route, les champs remués et les bouquets impossibles.

Le coquelicot pousse dans les endroits dérangés : un talus, une friche ou la terre retournée d’un champ. Sa couleur attire immédiatement le regard, alors que ses pétales supportent mal qu’on les emporte.

Ces poèmes observent la fleur dans plusieurs paysages et saisons. Ils évitent d’en faire un symbole unique : le coquelicot peut évoquer la fragilité, la mémoire, l’entêtement ou simplement une tache rouge dans le vent.

01
vif·lecture

Bord de nationale

Les camions secouent le talus,
la poussière couvre les herbes.

Un coquelicot tient pourtant
sa mince couleur rouge,
comme si le bord du monde
méritait lui aussi une fête.
02
mélancolique·carte

Le bouquet trop tard

J’en ai cueilli trois pour la table.
Avant d’atteindre la maison,

les pétales dormaient dans ma paume.
Le vase est resté vide.
J’ai appris ce jour-là
que certaines beautés préfèrent leur champ.
03
réfléchi·lecture

Après la charrue

La terre noire semblait sans réponse
après le passage de la charrue.

En mai, des centaines de fleurs
ont occupé les lignes droites.
Le champ avait transformé
la blessure en désordre rouge.
04
léger·message

La robe du vent

Le vent essaie chaque coquelicot,
soulève une jupe de pétales.

Aucune fleur ne garde la pose ;
le rouge change de forme
à chaque seconde
et ne demande pas de miroir.
05
calme·lecture

Entre deux rails

Dans la gare abandonnée,
un coquelicot pousse entre les rails.

Il ne sait rien des départs,
des horaires ni des retards.
Il mesure seulement le soleil
sur une voie devenue immobile.
06
espérant·carte

Graine dans la poche

Une capsule sèche a versé
ses graines dans ma poche.

Je les retrouve en novembre,
minuscules, mêlées à du sable.
Le printemps tient parfois
dans ce que l’on avait oublié.
07
lumineux·lecture

Le talus en juin

Au bord de la route départementale,
les coquelicots occupent un talus oublié.
Les camions soulèvent de la poussière,
le vent plie leurs tiges fines.
Aucun jardinier n’a choisi leur place.
Pourtant leur rouge interrompt le trajet,
oblige le regard à ralentir
et rappelle qu’une terre remuée
peut encore produire une beauté fragile.