7 poèmes

Poèmes de protestation

Sept poèmes originaux de protestation sur le travail, le logement, l’environnement, l’égalité et le droit de prendre la parole.

Un poème de protestation peut nommer une injustice, relier des expériences et refuser le langage qui rend un problème invisible. Il ne remplace ni l’organisation collective ni les faits nécessaires au débat.

Ces textes abordent des situations génériques sans reprendre de slogans historiques ni imiter un auteur engagé. Ils conservent des voix distinctes, parfois fermes, parfois ironiques ou endeuillées.

01
ferme·récital

La fenêtre que le loyer ne répare pas

Le loyer monte en janvier,
la fenêtre ferme toujours mal.

Le propriétaire parle du marché,
nous parlons du froid dans la chambre.
Nos chiffres ne décrivent pas
la même façon d’habiter.
02
solidaire·lecture

Les minutes retirées

La pointeuse compte nos retards,
pas les pauses jamais prises.

Chaque minute offerte
disparaît dans le résultat mensuel.
Nous écrivons enfin ensemble
le temps que l’entreprise ne voyait pas.
03
écologique·récital

Le cercle rouge sur le tronc

Un cercle rouge annonce
que l’arbre gêne le projet.

Les plans montrent une ligne propre,
pas l’ombre de juillet.
Nous demandons que la ville
compte aussi ce qui respire.
04
indigné·discussion

Le micro coupé

Ma parole dépasse le temps prévu,
le micro devient soudain muet.

D’autres avaient parlé plus longtemps
sans regarder le chronomètre.
Je poursuis sans amplification ;
la règle doit entendre sa propre différence.
05
courageux·hommage

Les pancartes sous l’averse

La pluie déforme les lettres,
le carton plie entre nos mains.

Nous restons sur la place,
moins nombreux que prévu.
Une protestation ne devient pas inutile
parce que le ciel refuse la photographie.
06
lucide·réflexion

Ce silence prend parti

Devant l’insulte répétée,
tu demandes de rester neutres.

Mais le silence laisse
la même voix occuper la pièce.
Ne rien dire est parfois
une décision qui protège déjà quelqu’un.
07
revendicatif·lecture

La marche continue sous l’averse

Sous l’averse, l’encre coule
sur les pancartes de la manifestation.
Les slogans deviennent moins lisibles,
mais les voix gardent leur demande.
Protester n’est pas aimer le bruit.
C’est refuser qu’une injustice
soit transformée en habitude silencieuse.
La marche protège les corps, écoute les concernés
et laisse derrière elle des questions publiques.