7 poèmes

Poèmes pour se souvenir d’un être cher décédé

Sept poèmes originaux pour évoquer une personne décédée à travers les traces, les habitudes et les souvenirs qui demeurent.

Se souvenir d’une personne décédée ne suit pas un calendrier régulier. Un objet, une odeur ou une phrase peut ramener sa présence avec douceur, colère ou surprise.

Ces poèmes ne promettent ni guérison ni apaisement définitif. Ils proposent des scènes précises pour une lecture privée, un hommage ou un anniversaire de décès, sans expliquer à chacun comment vivre son deuil.

01
tendre·souvenir

La recette avec ta correction

Dans le cahier, ta main
a rayé deux cents grammes.

Tu as écrit davantage,
sans préciser combien.
Je cuisine encore avec cette marge
où ta voix refuse les mesures exactes.
02
mélancolique·lecture

Le bouton de ton manteau

Le manteau a quitté l’armoire,
pourtant son bouton reste dans le tiroir.

Je ne sais pas pourquoi
je l’ai gardé parmi les fils.
Certains souvenirs choisissent
la forme la plus petite.
03
grave·hommage

La date entourée

Ton anniversaire demeure
entouré dans l’ancien agenda.

La date revient sans invitation,
chargée de gestes impossibles.
Je laisse le cercle en place ;
il n’oblige personne à célébrer.
04
retenu·souvenir

Quatre secondes conservées

Le message ne dit presque rien :
rappelle-moi quand tu peux.

Ta voix dure quatre secondes,
puis vient le signal.
Je n’écoute pas toujours ;
je sais seulement qu’elle reste là.
05
chaleureux·hommage

La blague que tu racontais mal

Quelqu’un reprend ta vieille blague
et oublie la chute comme toi.

Autour de la table, nous rions
avant même la fin.
Ton absence n’empêche pas
ce rire d’avoir encore ton rythme.
06
apaisé·lecture

Le détour du jeudi

Je passe près du cimetière
sans entrer cette fois.

Le feu devient vert,
les voitures avancent derrière moi.
Me souvenir de toi
ne dépend pas de chaque détour accompli.
07
endeuillé·hommage

À la page des anniversaires

Ton nom reste dans le carnet
à la page des anniversaires de juin.
Je ne le barre pas,
même si aucune carte ne partira.
Se souvenir ne signifie pas
refuser le temps qui continue.
C’est laisser une place juste
à la personne réellement connue,
avec ses qualités, ses défauts et son absence.