7 poèmes

Poèmes sur l’enfance

Sept poèmes originaux sur l’enfance vécue et remémorée, entre jeux, apprentissages, peurs et autonomie progressive.

L’enfance n’est ni un paradis uniforme ni une simple préparation à l’âge adulte. Elle contient des joies, des injustices, des règles incomprises et des moments où l’on découvre soudain ce dont on est capable.

Ces poèmes alternent la voix de l’enfant et le regard du souvenir. Ils s’appuient sur des scènes concrètes sans prétendre que toutes les familles ni toutes les écoles se ressemblent.

01
nostalgique·lecture

La craie dans la poche

Après la récréation,
je retrouve une craie bleue.

Elle a coloré ma poche
et cassé près de la couture.
Toute la cour tient encore
dans ce petit morceau poussiéreux.
02
fier·lecture

Jusqu’au bout de la rue

Pour la première fois,
je vais seul chercher le pain.

La rue paraît deux fois plus longue,
les voitures parlent plus fort.
Je reviens avec la monnaie
et une taille nouvelle dans mes pas.
03
rassurant·classe

Le placard de l’orage

Quand le tonnerre secoue les vitres,
nous entrons dans le placard.

Entre les manteaux, nous inventons
un navire impossible à couler.
La peur reste dehors
pendant trois éclairs et demi.
04
lucide·discussion

Celui qui n’avait rien fait

Le sifflet arrête toute la classe,
la punition tombe sur chacun.

Je n’avais rien fait,
d’autres non plus, certains oui.
Ce jour-là, j’apprends
que l’autorité peut aussi se tromper.
05
joyeux·classe

La marelle après la pluie

La pluie efface la moitié
des cases dessinées hier.

Nous gardons le ciel,
retraçons seulement la terre.
L’enfance connaît cette science :
recommencer sans réunion préalable.
06
tendre·souvenir

Le bouton du lundi

Ma chemise perd un bouton
juste avant l’école.

Je le recouds avec grand-mère,
les points traversent de biais.
Sous mon pull, personne ne voit
mon premier travail solide.
07
nostalgique·lecture

La ville dessinée à la craie

Nous dessinions une ville à la craie
sur le trottoir devant l’immeuble.
Les routes contournaient les fissures,
la boulangerie touchait le château.
Puis la pluie effaçait tout
avant que nous ayons terminé.
L’enfance ne savait pas conserver ses royaumes.
Elle savait seulement
les reconstruire le lendemain dans une autre couleur.