7 poèmes

Poèmes sur les mots

Sept poèmes originaux sur les mots prononcés, écrits, traduits, retenus ou réparés dans la vie quotidienne.

Les mots peuvent clarifier, blesser, transmettre ou échouer. Leur sens dépend autant du contexte, de la voix et de l’écoute que de leur définition dans un dictionnaire.

Ces poèmes observent plusieurs usages du langage : une excuse, une traduction, un mot appris et une phrase effacée. Ils ne présentent pas la parole comme toute-puissante, mais comme une responsabilité partagée.

01
curieux·lecture

Le mot entre deux colonnes

Je cherche un mot entendu
dans le bus du matin.

Le dictionnaire le range
entre deux voisins alphabétiques.
Sa définition tient en trois lignes ;
sa voix, elle, manque encore.
02
sincère·discussion

L’excuse avant le mais

Je dis pardon,
puis un mais monte déjà.

Je le retiens derrière mes dents
et reprends la phrase.
Certains mots réparent mieux
quand ils ne réclament pas d’excuse pour eux-mêmes.
03
chaleureux·partage

Le mot sans équivalent

Tu cherches dans ma langue
un mot de ton enfance.

Aucun terme ne convient exactement,
alors tu racontes une scène.
La traduction échoue un peu
et nous offre davantage qu’un mot.
04
réfléchi·classe

La phrase sous la gomme

J’efface une phrase trop dure,
le papier garde sa trace.

Je peux écrire autrement,
pas rendre la page neuve.
Les mots retirés
continuent parfois d’enseigner la prudence.
05
joyeux·classe

Le panneau enfin compris

L’enfant déchiffre lentement
le mot sur le panneau.

Chaque lettre rejoint la suivante,
puis son visage change.
La rue possède soudain
une phrase qu’il peut emporter.
06
ferme·lecture

Le mot que je n’ai pas lancé

Une remarque injuste arrive,
ma réponse cherche déjà sa pointe.

Je respire avant de parler,
choisis une phrase plus exacte.
Retenir un mot blessant
n’oblige pas à retenir le désaccord.
07
réfléchi·lecture

Le mot sous la rature

Dans la lettre, un mot reste caché
sous trois lignes d’encre noire.
Je pourrais deviner amour, regret, départ,
mais la rature garde son secret.
Les mots disent autant par leur absence
que par leur place dans la phrase.
Je replie doucement la feuille
et respecte ce silence
que quelqu’un a choisi d’écrire malgré tout.