7 poèmes

Poèmes sur les objets

Sept poèmes originaux sur des objets ordinaires, leur usage, leur usure, leur fabrication et les souvenirs que nous leur associons.

Un objet peut devenir poétique par sa forme, son usage ou son histoire sans posséder réellement une âme. Nos souvenirs se déposent sur lui, mais viennent de nos relations et de nos gestes.

Ces textes observent des choses simples sans reprendre d’œuvre connue. Ils accordent une place à la réparation, aux métiers et au changement d’usage.

01
mystérieux·lecture

La clé devenue énigme

Une vieille clé
reste au fond du tiroir.

Personne ne sait
quelle serrure elle ouvrait.
L’objet garde sa forme,
mais son utilité a perdu l’adresse.
02
respectueux·hommage

La chaise réparée deux fois

La chaise porte
deux réparations visibles.

Chaque vis ajoutée
prolonge le repas autour de la table.
Son usure souligne
le savoir de celles et ceux qui la maintiennent utile.
03
nostalgique·souvenir

Le ticket dans la poche

Un ticket froissé
reste dans la poche du manteau.

La date rappelle
un trajet presque oublié.
Le papier n’est pas le souvenir,
seulement la poignée qui permet de le rouvrir.
04
drôle·lecture

Le parapluie retourné

Le vent retourne
le parapluie au coin de la rue.

Ses baleines protestent,
nous rions sous la pluie.
Un objet conçu pour protéger
peut rencontrer une météo plus forte que son plan.
05
réfléchi·lecture

Le téléphone devenu réveil

L’ancien téléphone
ne reçoit plus d’appels.

Il sert de réveil
sur une étagère.
Un objet peut perdre
sa fonction principale et continuer par un usage plus modeste.
06
attentif·hommage

Le manche changé par l’artisane

L’artisane remplace
le manche usé du marteau.

La tête garde
les marques de nombreux chantiers.
L’objet de travail
continue grâce à une réparation aussi qualifiée que son emploi.
07
nostalgique·lecture

La cuillère au manche tordu

Au fond du tiroir, une cuillère
garde son manche légèrement tordu.
Elle vient d’une cuisine disparue,
mais sert encore à mesurer le café.
Les objets n’ont pas
la mémoire que nous leur prêtons.
C’est notre main qui retrouve
dans leur poids ordinaire
les gestes de celles et ceux qui les utilisaient.