7 poèmes

Poèmes sur l’humanité

Sept poèmes originaux sur l’humanité commune, ses contradictions, ses gestes de solidarité et ses responsabilités partagées.

Parler de l’humanité peut rapidement devenir abstrait. Elle se révèle pourtant dans des situations concrètes : une frontière, une file d’attente, un travail collectif ou une décision qui touche des inconnus.

Ces textes ne présentent pas l’être humain comme naturellement bon ou mauvais. Ils observent notre capacité à blesser, réparer, transmettre et organiser une vie commune plus digne.

01
solidaire·lecture

La valise dans l’escalier

Une femme peine avec sa valise,
trois voyageurs soulèvent sans parler.

Ils n’apprendront pas son nom,
elle ne saura pas les leurs.
L’humanité tient parfois
dans un poids partagé huit marches.
02
réfléchi·discussion

La ligne et la rivière

La carte trace une frontière
au milieu de la rivière.

Les poissons la traversent,
les familles présentent leurs papiers.
Nous inventons des lignes ;
nous décidons aussi ce qu’elles coûtent.
03
contemplatif·lecture

La tasse derrière la vitre

Une tasse fêlée repose
dans un musée du futur.

Une enfant demande comment
nous vivions avec si peu.
Nous sommes toujours les anciens
d’un monde que quelqu’un étudiera.
04
grave·hommage

Les pelles venues de plusieurs rues

Après la secousse, les voisins
arrivent avec des pelles différentes.

Personne n’a le plan complet,
chacun dégage un passage.
L’humanité ne répare pas tout ;
elle commence par travailler côte à côte.
05
ferme·réflexion

Ce que nous pouvons interrompre

Nous recevons des histoires,
des gestes, parfois des injustices.

Tout héritage ne mérite pas
d’être remis intact aux suivants.
Être humain, c’est aussi choisir
la chaîne que l’on refuse de prolonger.
06
joyeux·partage

Le rire dans la file

Nous ne parlons pas
la même langue dans la file.

Un enfant renverse son chapeau,
trois adultes rient ensemble.
Pendant une seconde, personne
ne demande la traduction.
07
solidaire·réflexion

Sous le panneau des arrivées

Sous le panneau des arrivées, des inconnus
attendent avec des fleurs et des manteaux.
Une femme traduit pour un voyageur perdu,
un enfant partage son biscuit.
L’humanité ne devient pas bonne
par une formule répétée.
Elle se construit dans des choix précis :
voir l’autre, protéger sa dignité
et reconnaître une vie aussi importante que la nôtre.