6 poèmes

Poèmes en quatre strophes de quatre vers

Six poèmes originaux composés exactement de quatre strophes de quatre vers, sur des sujets quotidiens, naturels et relationnels.

La contrainte de quatre strophes de quatre vers donne à chaque poème seize lignes et une structure visuelle régulière. Elle n’impose ni une rime précise ni un nombre fixe de syllabes.

Les six textes respectent cette forme sans recycler une progression unique. Les retours à la ligne et les espaces entre strophes font partie de la composition.

01
contemplatif·récital

La gare à quatre moments

Le quai reçoit l’aube,
Un train coupe le froid,
Les voyageurs lèvent les yeux,
Une annonce change la voie.

Les valises roulent vite,
Un enfant compte les portes,
Le café fume encore,
La foule cherche ses places.

Midi vide les bancs,
Un agent vérifie l’horloge,
Deux pigeons prennent les miettes,
Le silence dure peu.

Le soir rallume les panneaux,
Les retours croisent les départs,
La gare garde chaque passage,
Sans retenir aucun voyageur.
02
patient·classe

Le jardin en seize lignes

Une graine quitte la main,
La terre referme son ombre,
L’arrosoir dessine un cercle,
Le jardin attend dessous.

Une tige fend la surface,
Deux feuilles cherchent la lumière,
Un escargot passe lentement,
La pluie déplace la poussière.

L’été épaissit les branches,
Les insectes visitent les fleurs,
Une tomate gagne du rouge,
Nos paniers restent patients.

L’automne vide quelques tiges,
Le compost reçoit les restes,
Le jardin paraît terminé,
Mais le sol poursuit son travail.
03
chaleureux·hommage

Quatre gestes d’amitié

Tu arrives sans grand discours,
Avec du pain et du temps,
Je raconte ma semaine,
Tu laisses finir les silences.

Nous marchons jusqu’au pont,
Le vent mélange nos phrases,
Aucun conseil automatique,
Seulement des questions précises.

Je refuse ton invitation,
Tu respectes mon besoin calme,
Notre lien garde sa forme,
Sans exiger chaque présence.

Plus tard je viens aider,
Nous portons une table lourde,
L’amitié change de geste,
Et ne tient aucun compte.
04
vif·lecture

La ville du matin au soir

Les volets montent ensemble,
Un camion bloque la rue,
La boulangerie ouvre tôt,
Le premier bus se remplit.

À midi les bureaux sortent,
Les bancs trouvent des repas,
Une sirène traverse l’avenue,
Les feux règlent les impatiences.

L’école libère ses voix,
Les trottoirs changent de rythme,
Un livreur cherche un numéro,
La pluie commence sans prévenir.

La nuit ferme les vitrines,
Des travailleurs restent présents,
La ville baisse quelques lumières,
Jamais toutes au même instant.
05
réfléchi·récital

Quatre rives du même courant

La source quitte les pierres,
L’eau tient dans une paume,
Les mousses bordent l’eau,
Un filet cherche la pente.

Le courant rejoint les champs,
Un pont porte les vélos,
Les racines retiennent la rive,
Des feuilles dérivent.

En ville, l’eau
Reçoit murs et déchets,
Une écluse règle le passage,
Les poissons trouvent d’autres routes.

Plus loin la rivière s’élargit,
Son nom demeure aux cartes,
Chaque goutte perd son contour,
Le courant rejoint un autre.
06
courageux·lecture

Recommencer sans page blanche

Je garde les anciennes notes,
Même celles qui ont échoué,
Le nouveau cahier commence,
Avec une mémoire déjà pleine.

Je change une seule méthode,
Pas toute ma personnalité,
Le premier essai reste fragile,
Mais montre un autre passage.

Une erreur revient encore,
Je la reconnais plus vite,
Le progrès n’est pas droit,
Ni visible chaque semaine.

Je continue sans promesse,
Accepte aussi de modifier le but,
Recommencer ne remet pas tout à zéro,
Il déplace ce que je sais.