7 poèmes

Poèmes pour un ami décédé

Sept poèmes originaux pour évoquer un ami décédé à travers des habitudes partagées, des lieux familiers et une absence sans formule imposée.

Une amitié laisse des traces qui n’appartiennent pas toujours aux albums de famille : une place choisie au café, un itinéraire de promenade, une plaisanterie que personne d’autre ne comprend tout à fait.

Ces poèmes restent près de ces détails. Ils ne prétendent ni expliquer la mort ni donner une méthode pour traverser le deuil. Ils peuvent accompagner un hommage ou conserver une mémoire plus privée.

01
retenu·hommage

La Chaise face au comptoir

Je m’assieds encore à gauche,
te laissant la chaise du comptoir.

Le serveur apporte un seul café,
puis essuie la table voisine.
Personne ne corrige ma place ;
je termine lentement la tasse.
02
nostalgique·souvenir

Le Détour du samedi

Nous prenions cette rue
pour éviter le grand carrefour.

Je pourrais marcher tout droit,
arriver cinq minutes plus tôt.
Chaque samedi pourtant, je tourne
et laisse nos pas choisir encore.
03
doux-amer·lecture

La Blague sans explication

Quelqu’un prononce le vieux surnom,
je ris avant les autres.

On me demande pourquoi.
Je cherche le début de l’histoire,
puis renonce à la raconter :
elle avait besoin de ta voix.
04
grave·lecture

Le Mail resté ouvert

Ton dernier mail demande
si vendredi me convient.

La date est passée depuis longtemps.
Je ne réponds pas, bien sûr,
mais je garde la fenêtre ouverte
quelques secondes avant de la fermer.
05
sobre·souvenir

Le Ballon dans le grenier

Le ballon perd son air
entre deux cartons de déménagement.

Nous l’avions signé un soir
après un tournoi sans importance.
Je relis ton prénom délavé,
puis le repose sans le regonfler.
06
apaisé·hommage

Au bout de la jetée

Le vent repousse mes paroles
vers le chemin déjà parcouru.

Je n’apporte ni fleurs ni réponse,
seulement le temps de rester.
Une mouette quitte la rambarde ;
la mer ne retient rien.
07
nostalgique·hommage

Notre table au café

Au café, je regarde encore la table
que nous choisissions près de la vitre.
Quelqu’un d’autre y pose son journal,
sans connaître nos longues discussions.
Je pourrais éviter cet endroit,
mais j’y reviens parfois pour te retrouver
dans une blague, une lumière,
la façon dont le serveur
se souvient toujours de ta commande.