7 poèmes

Poèmes pour une sœur décédée

Sept poèmes originaux pour évoquer une sœur décédée à travers les vêtements, les habitudes, les messages et les souvenirs partagés.

Une sœur connaît souvent plusieurs âges de notre vie et conserve des versions de nous que personne d’autre n’a vues. Après sa mort, cette mémoire commune peut apparaître dans un vêtement, une recette ou une phrase interrompue.

Ces poèmes abordent cette absence sans définir ce que devrait ressentir une famille. Ils restent ancrés dans des scènes singulières et peuvent servir à un hommage comme à une lecture personnelle.

01
retenu·souvenir

Le Foulard à pois

Ton foulard à pois dépasse
du tiroir que je referme.

Je ne le porte jamais ;
il nouait mieux sur toi.
Je replie le coin visible
et laisse le bois se refermer.
02
doux-amer·hommage

La Recette dans la marge

Tu as corrigé la recette
dans la marge du vieux livre.

Moins de sucre, davantage de citron.
Je suis ton écriture penchée,
puis rate quand même le gâteau
que nous critiquions ensemble.
03
tendre·souvenir

Notre Photo de travers

La photo penche dans son cadre,
comme elle l’a toujours fait.

Nous y portons deux coiffures
que nous avions juré d’oublier.
Je redresse un instant le verre,
puis remets notre rire de travers.
04
mélancolique·lecture

Ta Voix dans le répondeur

Le message parle d’un retard,
d’un pain à acheter.

Rien qui mérite d’être gardé,
disions-nous autrefois.
Aujourd’hui j’écoute ces secondes
pour leur parfaite banalité.
05
grave·hommage

Côté fenêtre

Tu choisissais toujours la fenêtre
dans les trains de notre enfance.

Je prends maintenant cette place,
sans savoir à qui protester.
Le paysage défile à ta manière ;
ma main reste sur la tablette.
06
sobre·lecture

Deux Tasses dépareillées

Nos tasses n’allaient pas ensemble,
la tienne jaune, la mienne fendue.

Je les garde sur la même étagère.
Certains matins, j’en descends une ;
l’autre demeure à sa place,
sans devenir un symbole parfait.
07
endeuillé·hommage

Ton foulard bleu

Ton foulard bleu reste dans l’entrée,
accroché derrière les manteaux d’hiver.
Je pourrais le ranger, le donner,
mais aucune décision ne semble juste.
Alors il demeure là pour le moment,
avec ton parfum presque disparu.
Ma sœur, le deuil avance ainsi :
par des objets ordinaires
que nos mains ne sont pas prêtes à déplacer.