7 poèmes

Poèmes pour un frère décédé

Sept poèmes originaux pour évoquer un frère décédé à travers l’enfance partagée, les objets familiers et une absence qui reste singulière.

La place d’un frère se reconnaît parfois dans ce que personne d’autre ne sait : le raccourci derrière l’école, un surnom ancien, la règle d’un jeu inventé un dimanche de pluie.

Ces poèmes s’approchent de ce lien par des scènes concrètes. Ils ne mesurent pas le deuil et ne prétendent pas consoler. Ils peuvent accompagner un hommage ou rester dans un carnet privé.

01
grave·hommage

La Clé du garage

La clé du garage porte encore
le ruban rouge que tu avais noué.

Je la tourne certains samedis,
juste pour chercher un outil.
La porte se lève avec fracas ;
ton établi reste silencieux.
02
nostalgique·lecture

Deux lits, une chambre

Nos lits longeaient deux murs,
séparés par une table bancale.

La nuit, nous inventions des équipes
contre les bruits du couloir.
Aujourd’hui la chambre a changé,
mais je dors encore de mon côté.
03
tendre·souvenir

Le Rire sur la cassette

La cassette grésille longtemps,
puis ton rire coupe la chanson.

Je rembobine avec un crayon,
comme nous le faisions autrefois.
Le ruban résiste un peu ;
je m’arrête avant de l’abîmer.
04
retenu·lecture

Le Match sans arbitre

Dans le jardin, deux pulls
marquaient autrefois les buts.

Nous inventions les fautes,
contestions chaque point marqué.
L’herbe a recouvert nos lignes ;
aucun de nous n’a gagné.
05
mélancolique·hommage

La Chemise du dimanche

Ta chemise pend dans l’armoire,
protégée par une housse claire.

Elle n’attend aucune cérémonie.
Je garde seulement le tissu,
une manche vide et ce bouton
que tu oubliais toujours de fermer.
06
apaisé·lecture

Le Raccourci derrière l’école

Je reprends le sentier étroit
derrière notre ancienne école.

Les ronces ont gagné le passage ;
je reconnais pourtant le virage.
Au bout, je marche moins vite,
puis rejoins seul la rue principale.
07
endeuillé·hommage

Ta voix dans le téléphone

Ton ancien message reste enregistré :
tu demandes si je rentre dimanche
et tu te moques de mon retard.
Je connais chaque respiration, chaque bruit,
mais je l’écoute encore certains soirs.
Ce n’est pas une conversation, je le sais.
C’est une minute préservée
où mon frère ignore encore
que le temps deviendra si difficile à traverser.