7 poèmes

Poèmes pour un père décédé

Sept poèmes originaux pour évoquer un père décédé à travers les objets, les habitudes, les contradictions et les souvenirs familiaux.

La mort d’un père ne simplifie pas la relation vécue. La tendresse peut coexister avec des désaccords, des silences ou des questions qui ne recevront plus de réponse.

Ces textes ne dictent aucune manière de faire son deuil et ne promettent pas que le temps répare tout. Ils peuvent accompagner une lecture privée, un hommage ou une date importante.

01
tendre·souvenir

La boîte de vis mélangées

Dans ton atelier, les vis
n’avaient jamais la bonne boîte.

Tu retrouvais pourtant la pièce
au fond d’un vieux pot.
Papa, je cherche encore
selon ton désordre efficace.
02
mélancolique·lecture

La météo que tu appelais

Avant chaque trajet, tu téléphonais
pour annoncer la pluie.

Je répondais que je savais,
parfois avec impatience.
Aujourd’hui, l’orage arrive
sans ta voix pour le commenter.
03
lucide·réflexion

La question restée entre nous

Nous n’étions pas d’accord
sur ce choix important.

Ta mort n’a pas décidé
qui avait raison.
Je garde notre désaccord
comme une conversation interrompue, pas effacée.
04
retenu·souvenir

La chemise jamais donnée

Une de tes chemises reste
au fond de mon armoire.

Je ne la porte pas,
ni ne la donne encore.
Certains objets attendent
que notre décision devienne possible.
05
chaleureux·hommage

Ton petit-fils devant la photo

Ton petit-fils demande
pourquoi tu tenais ce poisson.

Je raconte le lac,
ta fierté beaucoup trop grande.
Il rit d’un homme
qu’il apprend seulement par nos histoires.
06
apaisé·lecture

Le virage avant ta maison

Je ralentis encore
au virage de ton ancienne maison.

D’autres rideaux occupent les fenêtres,
un vélo attend contre le mur.
Le lieu continue sans toi ;
ma mémoire, elle, change de vitesse.
07
endeuillé·hommage

Le tiroir de l’établi

Dans le tiroir de ton établi,
les tournevis suivent encore leur ordre.
Je cherchais seulement une pince,
mais ma main s’arrête sur ton mètre pliant.
Papa, ton absence surgit aujourd’hui
dans ces outils sans propriétaire.
Je referme doucement le tiroir,
emportant la pince
et la précision de tous tes gestes appris.