7 poèmes

Poèmes sur la dépression

Sept poèmes originaux et sobres sur l’expérience de la dépression, l’isolement, les gestes difficiles et les présences qui n’imposent pas de guérison.

La dépression ne se résume pas à la tristesse ni à un manque de volonté. Elle peut altérer le temps, l’énergie, l’attention et la relation aux gestes les plus ordinaires, avec des expériences différentes selon les personnes.

Ces poèmes ne donnent aucun conseil médical et ne promettent pas qu’une phrase suffira. Ils décrivent avec retenue la fatigue, le retrait et des formes de présence qui restent disponibles sans exiger une amélioration immédiate.

01
lourd·lecture

Midi derrière les rideaux

Le téléphone indique midi,
la chambre garde sa nuit.

Je connais le bruit de la rue,
mais il semble venir d’un autre étage.
Aujourd’hui, ouvrir les rideaux
reste une distance sans mesure.
02
lucide·lecture

Le verre resté plein

J’ai rempli un verre d’eau,
puis oublié de le boire.

Il attend près du lit,
clair et parfaitement accessible.
Entre vouloir et faire,
la journée creuse parfois une pièce entière.
03
reconnaissant·message

Le sac devant la porte

Tu déposes quelques courses
sans demander que je descende.

Ton message dit seulement :
je les laisse devant la porte.
Ta présence ne force rien ;
elle rend demain un peu moins vide.
04
épuisé·lecture

L’après-midi immobile

L’horloge avance correctement,
mais l’après-midi ne bouge pas.

Chaque minute revient
avec le même manteau gris.
Je reste assis près du radiateur,
sans histoire à raconter au temps.
05
isolé·réflexion

Répondre plus tard

Les messages s’empilent,
chargés de points d’interrogation.

Je n’ai pas cessé d’aimer
ceux à qui je ne réponds pas.
Les mots sont simplement trop lourds
pour franchir l’écran aujourd’hui.
06
retenu·lecture

La chaise à côté

Tu t’assois sans annoncer
que tout finira par aller mieux.

Nous regardons la pluie
tracer ses lignes sur la vitre.
Je ne vais nulle part encore,
mais je ne suis plus seul dans la pièce.
07
fragile·réflexion

La tasse près du lit

La tasse reste près du lit
parce que se lever demande aujourd’hui trop.
Le téléphone contient des messages bienveillants
auxquels je ne peux pas encore répondre.
La dépression n’est ni paresse ni faiblesse.
J’accepte une présence, un rendez-vous,
un geste minuscule vers des soins.
Je n’appelle pas cela guérir,
seulement ne pas rester seul avec la nuit.