7 poèmes

Poèmes sur le silence

Sept poèmes originaux sur les silences choisis, partagés ou imposés, et sur ce qu’ils permettent d’entendre.

Le silence peut protéger, apaiser ou offrir une attention rare. Il peut aussi peser lorsqu’il sert à éviter une vérité, à punir quelqu’un ou à rendre une personne invisible.

Ces poèmes distinguent plusieurs formes de silence : celui d’une bibliothèque, d’un repas difficile, d’une neige récente ou d’une présence qui n’exige aucune explication.

01
attentif·lecture

Midi entre les rayonnages

À la bibliothèque, une page tourne
plus fort qu’une porte.

Quelqu’un tousse au fond,
un crayon roule sous la table.
Le silence n’est pas vide ;
il agrandit les petits sons.
02
tendu·réflexion

Le repas suspendu

Les fourchettes touchent les assiettes,
personne ne reprend la question.

Ce silence ne repose pas,
il garde une phrase enfermée.
Avant le dessert, il faudra
qu’une voix accepte de commencer.
03
paisible·lecture

Le parking sous la neige

La neige couvre les lignes jaunes,
les voitures perdent leurs contours.

Même la route paraît écouter.
Un agent marche avec sa pelle,
seul bruit régulier
dans ce matin rendu plus lent.
04
réconfortant·message

Rester sans interroger

Tu t’assois près de moi
sans demander une explication.

La bouilloire finit par cliquer,
la pluie touche les vitres.
Ton silence ne ferme rien ;
il garde une place ouverte.
05
calme·méditation

L’écran contre la table

Je retourne le téléphone,
les alertes cessent de briller.

La pièce retrouve l’horloge,
le souffle du radiateur.
Dix minutes sans réponse
me rendent au lieu où je suis.
06
ferme·discussion

La porte sans réponse

Tu passes devant moi
comme devant un meuble.

Ce silence possède des angles,
il cherche à me faire douter.
Je finirai par nommer
ce que ton mutisme tente d’imposer.
07
silencieux·lecture

Avant neuf heures

Avant neuf heures, la bibliothèque
respire entre ses tables vides.
Une bibliothécaire replace un livre,
un radiateur claque derrière les rayons.
Le silence n’est pas une absence.
Il contient le papier, la poussière,
les pensées laissées par les lecteurs.
Puis la porte s’ouvre
et chacun apporte son propre bruit intérieur.