7 poèmes

Poèmes sur la montagne

Sept poèmes originaux sur la montagne habitée, parcourue et travaillée, entre beauté, météo, effort et prudence.

La montagne n’est pas un décor vide réservé aux exploits. Des personnes y vivent et y travaillent, tandis que le relief et la météo imposent des limites qui ne se négocient pas toujours.

Ces poèmes suivent un sentier, un refuge, un village et un chantier d’altitude. Ils célèbrent le paysage sans encourager la prise de risque ni présenter le sommet comme une obligation.

01
prudent·lecture

Le balisage dans le brouillard

Le brouillard ferme la vallée,
le prochain repère reste invisible.

Nous attendons près du rocher,
la carte protégée sous la veste.
En montagne, renoncer un moment
fait aussi partie du chemin.
02
chaleureux·souvenir

Les chaussures devant le refuge

Devant la porte, vingt paires
laissent fondre leur neige.

À l’intérieur, plusieurs langues
partagent la soupe et la météo.
Le refuge rassemble
ceux que le sentier avait dispersés.
03
sobre·lecture

Le village en novembre

Les volets ferment plus tôt,
le dernier car monte à dix-sept heures.

Sans les visiteurs d’été,
la boulangerie connaît chaque prénom.
La montagne continue d’être habitée
quand les cartes postales repartent.
04
contemplatif·lecture

Le torrent sous la neige

La neige couvre les pierres,
mais le torrent travaille dessous.

On l’entend sans le voir,
rapide sous le blanc immobile.
La montagne garde en hiver
des mouvements hors de nos yeux.
05
respectueux·hommage

Réparer le câble

Deux techniciens montent avant l’aube,
leurs outils fixés au harnais.

Le vent retarde chaque geste,
la vallée attend la remise en service.
L’altitude spectaculaire
est aussi un lieu de travail précis.
06
lucide·carte

Le sommet restera demain

À cent mètres du sommet,
l’orage change la lumière.

Nous redescendons sans photographie,
les bâtons rapides sur les pierres.
La montagne ne nous doit rien ;
revenir compte davantage que conclure.
07
prudent·lecture

Renoncer au sommet

Avant le col, le brouillard descend
et recouvre les marques du sentier.
Nous avons marché depuis l’aube,
le sommet paraît presque accessible.
Pourtant nous faisons demi-tour,
ensemble et sans honte.
La montagne n’est pas vaincue
par celui qui monte à tout prix.
Elle enseigne aussi la mesure et le retour vivant.