7 poèmes

Poèmes sur la photographie

Sept poèmes originaux sur la photographie, le cadrage, la mémoire, le consentement et ce qui demeure hors champ.

Une photographie conserve une fraction de seconde, mais elle ne contient ni tout le contexte ni toute la vérité d’une personne. Le cadre choisit autant qu’il montre.

Ces textes explorent l’appareil familial, le portrait, le téléphone et la photographie de rue. Ils prêtent attention au droit de ne pas être photographié et à la différence entre souvenir et preuve complète.

01
nostalgique·souvenir

Le doigt dans le coin

Sur la photo de vacances,
un doigt couvre le ciel.

La mer penche légèrement,
personne ne regarde l’objectif.
C’est pourtant cette image ratée
que la famille raconte le mieux.
02
respectueux·lecture

Pas de photo aujourd’hui

Tu lèves la main
avant que je cadre ton visage.

Je baisse l’appareil,
la lumière reste belle sans image.
Respecter ce moment
vaut davantage que le conserver.
03
émerveillé·lecture

L’image dans le révélateur

Dans la lumière rouge,
le papier semble d’abord vide.

Un visage monte lentement,
les ombres trouvent leurs bords.
La photographie apparaît
comme un souvenir qui accepte enfin de parler.
04
réfléchi·hommage

Celle qui tient l’appareil

Sur toutes les photos du mariage,
ma tante manque au groupe.

C’est elle qui appelait les prénoms,
replaçait les enfants au premier rang.
Derrière chaque mémoire visible,
quelqu’un reste parfois hors champ.
05
ironique·partage

Le coucher de soleil numéro quatre-vingt

Mon téléphone contient
quatre-vingts soleils presque identiques.

Je continue pourtant à cadrer,
comme si le prochain expliquait le soir.
La beauté répétée
ne garantit pas une meilleure mémoire.
06
lucide·lecture

La passante floue

Une passante traverse la photo,
son manteau devient une couleur.

Je ne sais rien d’elle,
ni de la rue qu’elle rejoint.
L’image garde un mouvement,
pas le droit d’inventer sa vie.
07
nostalgique·lecture

L’image presque manquée

La photographie est légèrement floue.
Quelqu’un riait au moment du déclenchement,
un enfant traversait le cadre.
Elle ne montre ni les visages parfaits
ni la table entièrement dressée.
Pourtant c’est celle que nous gardons,
car son désordre restitue mieux
la vitesse de ce dimanche
et la joie impossible à faire poser.