7 poèmes

Poèmes sur les marins

Sept poèmes originaux sur les marins, entre départ, travail à bord, quart de nuit, retour au port et vie familiale à distance.

La vie d’un marin ne se résume ni à l’aventure ni à l’horizon. Elle comporte des horaires, des gestes répétés, du métal humide, des repas pris trop vite et des proches qui comptent autrement les jours.

Ces poèmes inventent des scènes de travail, de départ et de retour sans reprendre de chant traditionnel ni de récit réel. La mer y reste un milieu concret, parfois beau, parfois fatigant, jamais décoratif seulement.

01
sobre·lecture

Le Cordage du matin

À cinq heures, le cordage
raidit sous les doigts mouillés.

Le port allume ses hangars,
un moteur couvre les mouettes.
La journée commence par un nœud
que personne ne viendra applaudir.
02
solitaire·lecture

Le Quart de deux heures

Tout l’équipage dort,
sauf la machine et moi.

La passerelle garde une lumière rouge,
la mer efface ses propres vagues.
Je vérifie encore les cadrans
et confie l’est au prochain quart.
03
retenu·message

Carte postale du port

J’achète une carte brillante
dans une boutique du quai.

Le ciel imprimé n’a pas de vent,
le bateau, aucune trace de rouille.
Au dos, j’écris seulement :
arrivée demain si le temps tient.
04
familier·lecture

Repas dans la cambuse

Les bols glissent légèrement
quand le bateau prend la vague.

Quelqu’un raconte une histoire,
un autre réclame le sel.
Pendant vingt minutes, la mer
reste dehors avec le travail.
05
tendre·carte

Les Bottes sur le quai

Tu reconnais mes bottes
avant de voir mon visage.

Elles descendent la passerelle,
lourdes de sel et de fatigue.
Tu ne cours pas vers moi ;
tu attends que je touche terre.
06
émouvant·hommage

La Fenêtre face au large

À la maison, mon fils dessine
un bateau plus grand que la feuille.

Il me place près de la cheminée,
loin des vagues et du pont.
Je garde ce dessin plié
dans la poche de ma veste étanche.
07
vigilant·lecture

Le quart de nuit

Sur la passerelle, les écrans éclairent
des visages privés de sommeil.
Au-dehors, la mer efface l’horizon,
un cargo lointain répond par deux feux.
La marine vérifie le cap, le vent,
le bruit régulier des machines.
Naviguer n’est pas défier l’océan,
mais rester attentif
à tout ce qu’il peut changer sans prévenir.