7 poèmes

Poèmes sur le cinéma

Sept poèmes originaux sur le cinéma, la salle, le montage, les métiers, les sous-titres et les souvenirs que les films déposent.

Le cinéma réunit des images, des sons et beaucoup de travail souvent invisible. Un film existe aussi par les conditions dans lesquelles on le regarde.

Ces textes ne citent ni ne reproduisent d’œuvres existantes ; ils observent l’expérience cinématographique de manière originale.

01
attentif·lecture

La salle avant le générique

Les conversations diminuent,
les lumières descendent.
Avant la première image,
la salle partage
un noir où toutes les attentes restent encore possibles.
02
curieux·métier

Le monteur coupe un silence

Le monteur déplace
une seconde de silence.
Le regard du personnage change ;
un travail invisible
réorganise notre manière de comprendre la scène.
03
critique·accessibilité

Les sous-titres trop rapides

La phrase disparaît
avant que je termine.
Les sous-titres rappellent
que l’accès au film
dépend aussi du temps accordé à la lecture.
04
sobre·métier

Le projectionniste après minuit

Après la dernière séance,
le projectionniste vérifie la cabine.
Dans le hall vide,
le cinéma redevient
des câbles, des sièges et du travail nocturne.
05
réfléchi·partage

Le film raconté différemment

Nous sortons du même film
avec deux histoires.
Tu gardes la musique,
je garde une porte ;
aucun souvenir ne possède le montage définitif.
06
nostalgique·souvenir

Le billet retrouvé dans un livre

Un ancien billet
tombe entre deux pages.
Je ne me rappelle plus le film,
mais précisément
la pluie qui nous attendait après la séance.
07
cinématographique·lecture

Quand les lumières reviennent

Le générique avance et certains spectateurs
restent encore dans leurs fauteuils.
Le cinéma a fermé
la salle autour d’un autre monde.
Quand les lumières reviennent,
les visages portent des questions différentes.
Un film ne termine pas
avec sa dernière image :
il continue dans la conversation du trottoir.