7 poèmes

Poèmes sur le mois de mars

Sept poèmes originaux sur le mois de mars, ses giboulées, ses travaux de saison et ses premiers changements de lumière.

Mars avance par contradictions. Une matinée peut commencer sous le gel, traverser une averse et finir avec des tables sorties au soleil. Les jardins comme les villes hésitent encore entre deux saisons.

Ces poèmes observent les semis, les vêtements mal choisis, le vent et la lumière qui gagne. Ils ne présentent pas le printemps comme une arrivée nette ni identique pour tout le monde.

01
changeant·lecture

Giboulée sur les jonquilles

Les jonquilles tenaient droites
sous un soleil de midi.

La grêle arrive sans prévenir,
rebondit contre leurs tiges.
Dix minutes plus tard,
le jardin recommence à briller.
02
patient·classe

Les pots sur le rebord

Nous écrivons tomate et basilic
sur des bâtonnets de bois.

Sous la terre humide,
rien ne prouve encore nos projets.
Mars demande de préparer
ce que l’on ne voit pas pousser.
03
ironique·partage

Trop chaud à quinze heures

Le matin exige une écharpe,
l’après-midi refuse mon manteau.

Je le porte sur le bras
dans un bus plein de soleil.
Mars gagne toujours
le débat contre ma garde-robe.
04
sobre·lecture

La bâche du chantier

Le vent gonfle la bâche,
deux ouvriers retiennent les cordes.

Le calendrier annonce le printemps,
leurs mains portent encore des gants.
La saison officielle
ne travaille pas dehors.
05
heureux·carte

Après dix-huit heures

En quittant le bureau,
je trouve encore du bleu.

La rue n’a pas changé,
mais les visages marchent moins vite.
Quelques minutes de lumière
rendent le retour plus large.
06
contemplatif·lecture

Le bourgeon fermé

Au bout d’une branche nue,
un bourgeon reste fermé.

Je le regarde chaque matin
comme s’il me devait une date.
Mars ne répond pas ;
il prépare sans annoncer.
07
changeant·lecture

Le linge de mars

En mars, je suspends le linge dehors
sous un soleil qui paraît convaincant.
Dix minutes plus tard, le vent
renverse une chaise et apporte la pluie.
Je cours sauver les draps,
puis le ciel redevient bleu.
Ce mois avance par essais,
comme s’il apprenait lui-même
la bonne manière de quitter l’hiver.