7 poèmes

Poèmes sur l’eau

Sept poèmes originaux sur l’eau domestique, naturelle et partagée, de la pluie au robinet en passant par la rivière.

L’eau façonne les paysages, mais elle traverse aussi les cuisines, les canalisations et les gestes quotidiens. Sa présence paraît évidente jusqu’à ce qu’elle manque, déborde ou devienne impropre.

Ces textes suivent plusieurs mouvements de l’eau sans la réduire à une métaphore. Ils observent la matière, les usages et les responsabilités qui accompagnent cette ressource commune.

01
soulagé·lecture

Le retour dans les tuyaux

Après six heures de coupure,
le robinet tousse et crache.

Une eau brune passe d’abord,
puis le filet devient clair.
Nous remplissons la bouilloire
avec une gratitude inhabituelle.
02
contemplatif·lecture

Sous le pont bas

La rivière ralentit
sous les pierres du vieux pont.

Une branche tourne dans l’ombre,
ressort du côté lumineux.
L’eau ne choisit pas la ligne droite ;
elle cherche ce qui laisse passer.
03
ingénieux·maison

Le seau de l’averse

Nous plaçons un seau
sous la gouttière débordée.

La pluie frappe le métal,
remplit notre réserve pour demain.
Le jardin recevra plus tard
ce que le toit ne pouvait garder.
04
inquiet·lecture

La tache qui grandit

Une tache apparaît au plafond,
plus sombre chaque matin.

Derrière le mur, l’eau
travaille sans être invitée.
Il faut ouvrir le plâtre
pour comprendre son chemin caché.
05
chaleureux·partage

La carafe au milieu

La carafe reste au centre,
entre quatre assiettes différentes.

Chacun remplit le verre voisin
avant de servir le sien.
L’eau n’a presque aucun goût,
mais organise doucement la table.
06
vif·lecture

Les marches couvertes

À marée haute, l’eau
recouvre les trois dernières marches.

Les promeneurs changent de chemin,
un crabe occupe la rampe.
Le rivage rappelle ainsi
que sa frontière reste mobile.
07
attentif·école

Le voyage invisible de l’eau

Avant d’arriver dans mon verre, l’eau
a traversé captage, filtres et conduites.
Des techniciens ont vérifié sa qualité,
des pompes l’ont portée jusqu’à l’immeuble.
Je tourne pourtant le robinet
sans penser à ce long voyage.
L’eau ordinaire devient précieuse
dès que l’on regarde
le travail et les ressources qu’elle rassemble.